Fêtes de fin d’année en occident, fête du Nouvel An au Japon.

Fêtes de fin d’année en occident, fête du Nouvel An au Japon.

明けまして おめでとうございますい。(akemashite omedetô gozaïmasu)

Meilleurs voeux pour cette l’année 2019.

Les occidentaux qui passent les fêtes de fin d’année au Japon risquent d’être surpris s’ils ne connaissent pas les pratiques et les usages spécifiques. Alors que chez nous, Noël est plutôt l’occasion de réunions de famille, et le réveillon du 31, celle de faire la fête, les Japonais profitent de la fin de l’année pour faire un grand ménage. Ils consacrent par contre les premiers jours de l’année à faire des visites rituelles aux temples et à rencontrer ses voisins, ses proches et ses amis pour leur souhaiter leurs meilleurs vœux. Autant nous fêtons plutôt la fin de l’année, autant les Japonais fêtent plutôt l’arrivée de la nouvelle.

Noël, de la fête de la nativité à KFC.

On s’en serait douté, Noël ne revêt pas du tout la même importance au Japon qu’en occident. Tout d’abord, il existe assez peu de chrétiens pratiquants. Le caractère religieux lié à la nativité n’est donc pas vraiment présent. La tradition de fêter Noël au Japon est relativement récente, mais se développe rapidement. Le réveillon du 24 décembre revêt ainsi un caractère plus romantique que religieux. C’est l’occasion pour les couples de passer une soirée en amoureux et de se faire des cadeaux, faisant ainsi le pendant de la Saint-Valentin. Ou alors, on va aller manger un poulet frit avec des amis dans une grande chaîne de restauration américaine bien connue, ou dans des restaurants plus classiques.

C’est également l’occasion de manger le Christmas Cake (クリスマスケーキ), une sorte de fraisier spongieux, recouvert de chantilly et de chocolat.

En réalité, les Japonais se réservent pour les fêtes du nouvel an, ôshôgatsu, qui arrivent la semaine suivante, comme nous le verrons plus bas.

Et alors, les sapins et les cadeaux ?

Pas vraiment de sapin de Noël non plus dans les maisons. C’est une tradition purement occidentale. Même si quelques enseignes sur Tokyo ont tenté de donner l’exemple, la mode n’a pas vraiment remplacé les décorations traditionnelles. De la même manière, mis à part les amoureux, il n’y a pas vraiment cette coutume de se faire des cadeaux entre membres de la famille. Quelques-uns pour les enfants, et encore pas partout. D’ailleurs, pour les anniversaires non plus, les enfants ne reçoivent pas vraiment de cadeaux. C’est en tout cas comme cela que cela se passait dans la famille où j’étais hébergé à Kyoto.

Les illuminations de Noël.

Copiant ainsi l’occident, de nombreuses villes s’agrémentent de superbes illuminations à la période de Noël. Mais cette tradition n’a en fait rien à voir avec Noël. Et il faut en chercher l’origine dans une toute autre direction, pas forcément très joyeuse. En effet, suite au terrible tremblement de terre qui a ravagé la ville et la région de Kobe en 1995, la municipalité avait décidé de rendre hommage aux victimes en allumant de nombreuses petites lumières. Volontairement ou non, ces illuminations ont attiré de nombreux visiteurs et relancé le tourisme. Au point que les villes japonaises rivalisent aujourd’hui d’inventivité pour attirer les touristes en cette période de fin d’années. De nombreuses illuminations de Noël font l’attraction, à commencer évidemment les Luminarie de Kobe, mais l’on peut citer Shizuoka, Hakodate (Hokkaidô), Ôsaka, Chiba, Mon Fuji, etc, sans oublier Tokyo.

Photo by Wei-Te Wong used under licence CC

Le grand nettoyage : nenmatsu no ôsôji.

Mais alors qu’est-ce que font les Japonais à la fin de l’année mis à part aller voir les illuminations ? Ils se préparent à accueillir la nouvelle année, et pour cela, ils effectuent un grand nettoyage, que l’on nomme le nenmatsu no ôsôji, 年末の大掃, le grand nettoyage de fin d’année. Tout est trié, rangé, nettoyé de fond en comble. Dans les maisons, on change le papier des shôjis (ces portes coulissantes) et on aère les tatamis. On époussette les statues de Bouddha dans les temples. Et enfin dans les bureaux, on trie les papiers et on classe les dossiers. Il est aussi de tradition de payer ses dettes, et de terminer son travail en retard.

Ôsoki – le grand ménage

On termine par le dernier bain de l’année le toshiyu, qui vise là-aussi à se débarrasser de ses dernières saletés. Toutes ces pratiques sont accomplies avec ferveur et visent à se laver de toutes ses souillures, dans une forme de rituel de purification, aussi bien physique que mentale.

On rejoint l’état d’esprit du bouddhisme qui explique que tout est impermanent, mais que nous devons sans cesse nettoyer et polir le miroir de notre conscience.

” Nous devons avoir l’esprit neuf d’un débutant, affranchi de toute possession, un esprit qui sait que tout est en changement continuel. Rien n’existe si ce n’est momentanément dans sa forme et sa couleur actuelles. Une chose coule en une autre sans pouvoir être saisie. Avant la fin de la pluie, nous entendons un chant d’oiseau. Même sous la neige épaisse, nous voyons poindre des perce-neige et des pousses nouvelles. ” Shunryu Suzuki dans esprit zen-esprit neuf.

La décoration des maisons : Kodamatsu, shime-kazari et kagami mochi.

Une fois la maison tout propre et bien rangée, il faut la décorer.

Tout d’abord une composition florale vient prendre place devant l’entrée. C’est le kodamatsu, 門松, littéralement, le pin de la porte. Issu de l’ikebana, elle est composée habituellement de pin et de bambou, qui apportent respectivement la longévité et la santé.

Ensuite un shime-kazari (注連飾り) prend place au-dessus de la porte d’entrée. Cette corde tressée issue de la tradition shintô protège la maison des mauvaises influences et accueille les kamis de la nouvelle année. Il existe aussi des shime-kazari plus petits qui se placent au-dessus de la porte de la cuisine ou des toilettes.

Pour finir, un kagami-mochi (鏡餅), doit être explosé en bonne vue pour attirer les kamis à rentrer dans la maison, soit dans le kamidana, l’hôtel shintô, soit dans le tokonoma quand il existe. Littéralement, « gâteau miroir », le kagami mochi est composé de deux gâteaux de riz posés l’un sur l’autre et surmontés d’un dadaï, un fruit japonais qui ressemble à une petite orange amère. Comme le kagami-mochi finit par sécher, il faut le casser pour le manger à la fin des festivités, souvent vers le 10 janvier. Ce qui donne l’occasion à un rituel appelé kagami-bikari, ouvrir le miroir. Cette pratique a été reprise par Jigoro Kano, le fondateur du Judo, et s’est en suite répandue dans les autres dojos d’arts martiaux, comme en aïkido et en karaté.

Les bonnes énergies sont ainsi prêtes à rentrer dans la maison, laissant les mauvaises énergies partir avec l’année qui vient de s’écouler.

Les Fêtes du nouvel an, ôshôgatsu.

Les fêtes du Nouvel An vont pouvoir commencer. Ôshôgatsu fait partie de l’une des fêtes les plus importantes du Japon, où elle revêt un caractère sacré. Les anciens Japonais pensaient que les dieux de la nouvelle année, les toshigami-sama (年神様) venaient les visiter à cette occasion. Tout était donc fait pour les recevoir dans les meilleures conditions.

Bien que seulement le 1er de l’an soit férié, à peu près toute la société japonaise s’arrête de travailler jusqu’au 5 janvier, et ce, parfois depuis le 27 ou le 28 pour pouvoir effectuer le grand nettoyage et préparer le nourriture du nouvel an.

La cuisine de nouvel an : ôsechi ryôri.

À l’origine de la tradition qui remonte à l’époque Heian, il n’était pas question de cuisiner pendant les quatre ou cinq jours de festivités de nouvel an. La mère de famille était donc chargée de confectionner cette nourriture. Cela veut dire qu’il fallait préparer de quoi manger pour les cinq jours qu’allaient durer les visites au temple et la tournée des voisins et des amis. Il fallait donc que les aliments se conservent dans de bonnes conditions pendant tout ce temps. Si le résultat peut ressembler aux bentos que l’on trouve au quotidien, cela n’est qu’une apparence. Rien que les boites dans lesquelles vont être mis ces mets de choix sont spécifiques, les jûbako, (重箱), littéralement boites empilées. Ce sont des boites laquées issue de l’artisanat et destinées à recevoir la nourriture. Les plus belles sont à elles seules des œuvres d’art.

Ôsechi ryôri (お節料理), littéralement la nourriture de saisons, se compose normalement de quatre plateaux, chacun représentant une des saisons chacun étant rempli d’ingrédients correspondants à chaque saison. Comme tout a un sens, chaque met revêt une signification précise. Par exemple, manger des haricots rouges kuromame (黒豆) signifie que vous allez pouvoir travailler durement, mameni-hataraku (マメに働く). Ou encore manger des kazunoko (数の子), des œufs de harengs, signifie que vous allez avoir de nombreux enfants. Les kobumaki (昆布巻き) sont des filets de saumon enroulés dans des algues kombu, et noués par des lamelles séchées de callebasse, les kanpyo. Ils sont très appréciés, car ils présentent une homophonie avec yorokobu, (喜ぶ), être joyeux. On trouve aussi des datemaki (伊達巻), ces omelettes légèrement sucrées, du kamaboko rouge () rappellant le drapeau national, etc.

ôsechi rŷori en vente

Traditionnellement préparé à la maison, on peut maintenant les trouver dans tous les grands magasins, et même dans des chaînes spécialisées. Le montant de ces jûbako peut aller d’une centaine à plusieurs centaines d’euros et les publicités vantant leur méritent commencent à fleurir dès le mois de novembre.

Le réveillon du nouvel an, ômisoka.

C’est peut-être là que la différence est la plus flagrante. Si vous voulez faire la fête au réveillon du Nouvel An avec des Japonais, vous risquez d’être déçus. En effet, ce soir-là est plutôt une fête intimiste très familiale à laquelle les étrangers ne peuvent pas assister. C’est un peu l’équivalent de notre Noël à nous.

Pour le dernier jour de l’année, ômisoka (大晦日), les Japonais mange un dîner plutôt spartiate. Il consomment un bouillon, léger, le zôni, agrémenté d’un peu de miso et de sauce soja, dans lequel on a mis des mochis, des légumes et parfois un peu de viande et du poisson.

Une autre tradition recommande de manger des toshikoshi-soba (年越し蕎麦), littéralement, les pâtes qui permettent de passer d’une année à l’autre. Cette tradition est là aussi très ancienne et remonte à la période d’Edo (1603-1867). Les sobas sont sensées représenter la résistance à cause de leur texture, et la longévité à cause de leur longueur. Une autre explication avance que ces sobas sont habituellement appelées kake-soba, or le mot de kake est aussi associé aux dettes que l’on finirait de payer en cette fin d’année en mangeant des sobas.

Moins religieux, mais tout aussi traditionnel, la plupart des Japonais regardent la célèbre émission de télévision Kohaku Uta Gassen sur NHK, qui présente une sélection de tous les meilleurs chanteurs populaires de toutes les générations.

À minuit, ce ne sont pas les douze coups que l’on écoute sonner, mais les 108 coups de la grosse cloche du temple bouddhiste. À chaque son de cloche, chacune des 108 passions s’envole, permettant de commencer l’année sans souillures.

Comme en occident, jusqu’à minuit, vous ne pourrez pas souhaiter la nouvelle année, mais ne pourrez dire que « yoi o-toshi wo ! » « ( よいお年を) » qui est l’abréviation de « yoi oochi wa mukaekudasai » よいお年をお迎え下さいque l’on peut traduire par : « accueillez bien l’année ».

Dire « Bonne année » en japonais : « Akemashete omedetô gozaïmasu. »

À partir de minuit, vous pourrez répéter la phrase consacrée de « Shinnen akemashete omedetô gozaïmasu » (新年)あけまして おめでとうございます, qui veut dire littéralement, « je vous félicite pour l’ouverture de l’année nouvelle » que l’on abrège en « akemashite omedetô gozaïmasu », que l’on traduira tout simplement par « bonne année ». Et que l’on peut raccourcir encore en « akemashite omedetô », ou même « akeome » chez les plus jeunes.

Le premier lever de soleil de l’année, Hatsuhinode

Il existe une tradition attestée depuis l’époque de la cour de Heian, celle d’aller admirer le premier lever de soleil de l’année (初日の出). N’oublions pas que le Japon est nommé le pays du soleil levant. Le pays tire en effet son origine dans la tradition Shintô. La déesse amaterasu, déesse du soleil, y est la déesse fondatrice du Japon. Le Kôjiko, « histoire des choses anciennes » va même jusqu’à retracer la filiation entre cette déesse tutélaire et les empereurs du Japon. Ces derniers devaient donc rendre hommage à la première apparition de la déesse le premier jour de l’année. Ils étaient évidemment accompagnés des nobles et de toute la cour, et c’est ainsi que l’usage est né.

Cette tradition profondément ancrée dans la tradition shintô s’est ensuite répandue dans toutes les couches de la société au cours de l’époque Meiji. Encore aujourd’hui, nombreux sont les Japonais qui se rendent dans les lieux où le lever de soleil est bien visible. Cela peut être les rochers mariés (meoto Iwa) de Ise , ou bien évidemment le Mont Fuji, en passant par la tour de Tokyo ou tout lieu dégagé.

La visite au temple, hatsumôde.

Ise Jungu – Photo de l’auteur.

Puis l’on va faire la première visite au temple (初詣), soit au sanctuaire shintô, avec les petits enfants vêtus en kimono traditionnel, soit au temple bouddhiste, soit encore mieux aux deux. On s’y purifie avec de l’encens, on effectue les premières prières de l’année. Et l’on boit le premier verre de sake, le toso, qui est une boisson médicinale. Il est aussi de coutume d’aller tirer l’oracle. On secoue une boite qui contient des petites baguettes numérotées et l’on en sort une au hasard. On se dirige ensuite vers des tiroirs qui contiennent un papier contenant la prédiction correspondant au numéro tiré. Ce sont les omikuji (お神籤). Si la prédiction est bonne, on peut garder le papier avec soi. Mais si elle ne l’est pas, on l’accroche à la branche d’un pin, ou aux présentoirs prévus à cet effet.

On peut aussi accrocher un ema, ces petites plaquettes en bois sur lesquelles on calligraphie un vœu ou un souhait.

Mais ne vous y trompez pas, cette visite au temple n’est pas réservée à quelques fervents pratiquants et tous les Japonais la pratiquent. Les temples et les sanctuaires sont noirs de monde pendant cinq jours, et ce, dès les premiers coups de cloches. Des trains spéciaux sont ainsi prévus en ce premier jour de l’an, mais pas pour les mêmes raisons que chez nous.

Les étrennes, otoshidama.

Comme on l’a vu, les enfants reçoivent rarement des cadeaux à Noël. Il est par contre dans la tradition d’offrir aux enfants une enveloppe contenant quelques billets à l’occasion du Nouvel An. Ces otoshidama (お年玉), ces joyaux de l’année, sont donnés par les parents, mais aussi par les grands-parents, les oncles, les tantes. Mais attention, il n’est pas question de donner de l’argent de la main à la main. Il faut donc mettre les billets dans des enveloppes spéciales, dessinées et vendues spécialement à cet usage.

Les cartes de vœux de nouvel an, les Nengajô.

Traditionnellement, on rend des visites de politesse aux proches et aux amis pour leur souhaiter la nouvelle année. Mais il n’est pas possible de les rencontrer tous, et dans ce cas, on va leur envoyer une carte de vœux. Au Japon, la tradition d’envoyer des cartes de vœux au nouvel an remonte paraît-il au VIIe siècle. Cette tradition s’appelle le nengajô, 年賀状 qui veut dire littéralement document de félicitation pour l’année.

L’envoi de cartes de vœux de nouvel an est une véritable institution au Japon. En 2003, il s’est envoyé 4,4 milliards de Nengajô. Et tous les services de la poste japonaise sont mobilisés pour pouvoir distribuer cette montagne de lettres au matin du 1er janvier.

Aujourd’hui, malgré l’utilisation d’internet et des smartphone, il reste toujours de bon ton d’envoyer une carte, de préférence écrite à la main. On peut en trouver dans tous les combinis, mais la poste japonaise propose aussi une édition accompagnée d’un numéro de tirage pour une loterie.

Avec toutes ces activités, on comprend maintenant pourquoi les Japonais sont aussi occupés pendant les premiers jours de l’année. Pas sûr, finalement, que cette période de vacances soit particulièrement reposante.

J’ai de mon côté relevé le défi du grand rangement de fin d’année, comme je le raconte sur mon autre site “éclairer mon intérieur”  ?

Et vous, qu’avez-vous fait de particulier pour les fêtes ? N’hésitez pas à nous faire part de votre expérience.

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