Que faire de ses pensées en méditation ?

Quand on pratique la méditation, on se retrouve rapidement seul face à ses pensées. Et au début, cela peut être déroutant. On peut même se sentir submergé par ce flot de pensées qui viennent d’on ne sait où. Et on ne sait pas si on doit les suivre et les écouter, ou bien les combattre. En effet, que faire avec toutes ces pensées ? Voici un petit guide qui va vous aiguiller et vous donner quelques pistes.

A/ Ne pas suivre ses pensées

1) La tendance naturelle

Notre tendance naturelle serait de profiter de ces moments de calme pour suivre nos pensées et, par exemple, planifier notre journée à venir, faire mentalement la liste de courses, réfléchir à ce que nous allons répondre à telle ou telle personne, ou à tel e-mail, etc.

Pas que faire cela ne soit pas souhaitable. Mais si la méditation est juste un moment de calme pour s’organiser, alors, ce n’est pas vraiment de la méditation.

Il serait plus intéressant de se demander d’où viennent ces pensées qui nous traversent. Qui est-ce qui les a créées ? Est-ce moi ? Ou bien est-ce quelqu’un d’autre ? Un parent ? Un ami ? Un média ? Les réseaux sociaux ? Si c’est le cas, ces pensées ne viennent pas de moi. Je n’ai donc aucune raison de m’accrocher à elles.

2) Comprendre le processus de la pensée.

Les pensées provoquent des émotions et guident nos actions. Mais si l’on s’accroche trop à nos pensées, les émotions qu’elles provoquent vont perdurer. Si elles sont positives, je pourrais dire « tant mieux », mais c’est rarement le cas. Car les pensées sur lesquelles on s’accroche sont le plus souvent des pensées négatives, qui vont elles-mêmes créer des émotions négatives. Encore une fois, ce n’est pas un problème en soi. À condition, encore une fois, de ne pas rester bloqué sur ces pensées et ces émotions négatives.

Il est d’ailleurs tout à fait possible que les premières méditations provoquent des crises de larmes ou d’angoisse. Que la cause soit identifiée ou non. Encore une fois, comme les pensées, il faut les laisser passer, sans s’accrocher à elles.

Car les pensées répétées, notamment les pensées négatives, renforcent les émotions qui, elles, si elles sont répétées, vont créer une humeur qui peut être bonne, mais aussi mauvaise. Cette humeur ou ce sentiment profond va s’ancrer dans notre personnalité. Et il sera de plus en plus difficile de nous en défaire.

Les pensées agissent un peu comme le calcaire dans l’eau. On ne voit pas les traces qu’elles laissent, mais ces traces peuvent s’accumuler et créer un tartre tellement solide qu’il devient impossible de s’en débarrasser.

B/ Ne pas bloquer ses pensées

Compte tenu de ce qui précède, on pourrait se dire que le mieux serait de ne pas penser du tout. Mais c’est très difficile. En tout cas, pas au début. Pas que cela ne soit pas possible. Mais cela peut demander des années de pratique. Encore une fois, cela dépend de chacun. Certaines personnes ne sont pas trop envahies de pensées. Et d’autres n’arrivent pas à tourner le bouton de cette voix intérieure, qui nous parle comme une radio de l’intérieur.

Ainsi, on pourrait vouloir tenter de bloquer nos pensées. De les faire disparaître dès qu’elles apparaissent. Mais c’est un peu comme l’eau que j’évoquais. On ne sait pas d’où elles viennent, ni leur véritable puissance. Il n’est pas possible de les empêcher d’apparaître sans avoir complètement compris et intégré leur mécanisme.

C’est d’ailleurs là tout l’intérêt et l’objectif de la méditation : observer nos pensées pour essayer de comprendre comment elles fonctionnent.

C/ Comprendre que nous ne sommes pas nos pensées

Si nous ne sommes pas nos pensées, il est important d’arriver rapidement à en prendre conscience. Car ce sont quand même nos pensées qui conditionnent complètement à la fois nos émotions, nos sentiments, mais aussi tous les actes de nos vies.
Il est donc important, voire essentiel, de comprendre ce que sont ces pensées qui nous conditionnent et qui font que nous agissons de telle ou telle manière et qui pourtant ne sont pas nous.

La question suivante qui viendra forcément un jour : si nous ne sommes pas nos pensées, alors qui sommes-nous ? Mais nous n’en sommes pas encore là.

D/ Quelques méthodes pour ne pas se laisser piéger par ses pensées

1) Utiliser une méditation guidée

Dans un premier temps, la méditation guidée peut être intéressante. Car, comme son nom l’indique, elle guide nos pensées et nous évite de nous perdre ou de nous laisser piéger par elles.

Mais ce n’est intéressant que dans un premier temps. Car, comme toute aide, la méditation guidée peut devenir un frein à l’avancement. En effet, si elles sont utilisées systématiquement, elles empêchent de faire le travail d’introspection que j’ai décrit ci-dessus. C’est-à-dire qu’elles ne font que substituer des pensées à d’autres… Quand bien même serait-ce des pensées positives.

Car ce qui est intéressant dans la méditation, c’est justement d’arriver à comprendre ou à voir le processus qui génère nos pensées.

2) Compter les respirations

Une autre méthode intéressante quand on débute est de compter les respirations.

On peut par exemple compter : 1 sur l’inspire, 2 sur l’expire. Et se dire : « 1, j’inspire. 2, j’expire. 3, j’inspire. Etc. » Ou : « 1, j’ai conscience que j’inspire. 2, j’ai conscience que j’expire. 3, j’ai conscience que j’inspire. Etc. »

Pas la peine d’aller plus loin que 10. Car après, on va se concentrer sur les chiffres et s’attacher à compter.

Essayer, vous verrez. Au début, il est parfois difficile d’arriver jusqu’à dix. Ce n’est pas grave, il faut recommencer à zéro. Et peu à peu, l’esprit va se calmer et trouver un état de paix intérieure.

3) Se concentrer sur la posture

Une troisième méthode est de se concentrer sur la posture, en particulier quand on prend la posture de zazen. Prendre conscience de son corps, redresser la tête. Rentrer le menton. Poser la langue sur le palais. Sentir ses pouces qui se touchent. Paradoxalement, le corps nous ramène à l’intérieur. Cette pratique peut être étendue et transposée sur des pratiques de yoga qui, bien qu’en mouvement, vont nous permettre de faire le calme à l’intérieur. Essayez de faire l’arbre et de penser à ce que vous allez manger tout à l’heure…

E/ Penser du fond de la non-pensée.

Un koan zen dit : « Il faut arriver à penser du fond de la non-pensée. »

Quelle est cette pensée qui n’est pas une pensée ? C’est ce que l’on appelle la conscience hishiryo dans le zen soto : la pensée au-delà de la pensée.

Mais il n’est pas possible de l’atteindre ni de la comprendre avec la pensée. C’est une conscience qui n’est pas pensée. Je dirais même que c’est un état de conscience qui est au-delà de la conscience, au-delà de toute perception, et par conséquent, au-delà des mots.

C’est cette expérience qui conduit au satori et à l’illumination, tant recherchée des pratiquants de zen qui s’en éloignent d’autant plus qu’ils cherchent à l’atteindre.

Contempler les pensées comme des nuages dans le ciel.

Les nuages passent dans le ciel, mais nous ne sommes pas les nuages. On les observe, ils viennent, puis s’en vont. Ils peuvent amener de la pluie et des orages. Mais même les pires orages finissent par passer, et par laisser un ciel limpide avec seulement un petit cumulus dans un ciel bleu. Que vos pensées soient comme des nuages dans le ciel, c’est tout ce que je vous souhaite.

Et vous, comment est-ce que vous abordez vos pensées pendant vos méditations ? Dites-le dans les commentaires

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