Aishiteru. Je t’aime.

Aishiteru. Je t’aime.

Le mariage, le sexe et l’amour au Japon.

愛してる。

Aishiteru.
Je t’aime.

Afin de découvrir toujours un peu plus l’esprit japonais, j’ai décidé de m’intéresser aujourd’hui à une question qui touche l’ensemble de la société japonaise. Quel type de relations les hommes et les femmes entretiennent-ils dans ce pays où la priorité est donnée à la carrière professionnelle, et en règle générale au social par rapport à l’individuel ? Et en particulier qu’en est-il du mariage, de l’amour et du sexe au Japon ?

Je le dis souvent, les Japonais ne font jamais rien comme tout le monde, l’amour, le sexe et le mariage ne dérogent pas à la règle. Mais contrairement à notre vision occidentale du mariage, qui associe volontiers ces trois termes, il se pourrait bien que les Japonais et les Japonaises soient plus pragmatiques.

Le contexte démographique japonais.

Le Japon est un des pays au monde qui a le plus faible taux de natalité. Sur les 127 millions que comptait le pays en 2016, le bilan s’élève à un déficit des naissances de 300 000 par an. Et ce, depuis plusieurs années, puisque le Japon a entamé sa décroissance de la population dès 2005. On pourrait penser que cela ne poserait pas de problèmes dans un pays les plus densément peuplé. Ce serait oublier que c’est également un des pays où l’espérance de vie est la plus élevée au monde, soit 85 ans pour les femmes et 78 ans pour les hommes. Avec pour résultat une population vieillissante, où les plus de 60 ans représentent près d’un tiers de la population. Entraînant des problèmes en termes d’emploi et de financement des retraites. Mais en dehors de ces questions politiques, il apparaît que les mariages sont en nette baisse, mais aussi que les Japonais ne sembleraient pas intéressés par le sexe. Qu’en est-il vraiment ?

La vision traditionnelle du mariage ne fait plus recette.

Le nombre de mariages est lui aussi en baisse depuis de nombreuses années. Le modèle traditionnel, de la femme au foyer censée s’occuper exclusivement des enfants et de son mari ne ferait-il plus recette ? Toujours est-il que dans ce pays où priorité est donné à la carrière professionnelle, il est extrêmement difficile pour les femmes de concilier travail et vie familiale. En effet, dans la plupart des entreprises, le moment favorable pour les naissances sera décidé par les supérieurs hiérarchiques. Non pas en fonction de savants calculs astrologiques, mais afin de ne pas perturber la bonne marche du service. Et si plusieurs femmes sont dans ce cas, le moment idéal des naissances sera accordé par ordre de préséance. Un couple de japonais a ainsi dû présenter ses excuses pour avoir conçu sans l’accord de son employeur. Cela n’est évidemment pas fait pour encourager les naissances.

Émancipation féminine.

Mais les femmes s’étant émancipées depuis quelques décennies, elles sont moins attirées par le mariage et les contraintes que cela représente. Ainsi, elles préfèrent souvent privilégier leur activité professionnelle. Ce qui n’a rien de surprenant quand on sait l’importance accordée à cette dernière au Japon. C’est pourquoi certaines japonaises se marient ainsi sur le tard, après une carrière professionnelle bien remplie.

La sexualité des couples mariés.

La fatigue due au travail sert souvent de prétexte pour dénigrer les relations sexuelles, même au sein du couple.

D’autre part, la place de l’enfant-roi fait qu’aucune vie de couple, ni même parfois aucune vie sexuelle n’est plus possible une fois que les enfants sont là. La priorité du mariage, c’est d’élever les enfants, pas le bien-être du couple. Vu comme ça, il est certain que cela peut couper l’envie à certains de se marier.

Mais là aussi, certains ont saisi le marché porteur pour redonner de la libido aux couples en manque, et ils ne débordent pas d’idées comme mettre une baignoire ou une barre de pole dance dans le salon.

En tout cas, Julien Tirode, un français vivant à Tokyo, a réussi à tirer son épingle du jeu. Il a créé l’association Bonjour Tokyo et organise depuis plusieurs années des soirées franco-japonaises. Son objectif est de faire remonter le taux de natalité du Japon en favorisant les mariages mixtes. Et ça marche.

D’autres, surtout des hommes, ont trouvé des biais à leur manque de relations sexuelles et utilisent des poupées en silicone, les love-dolls, ressemblant à de jeunes femmes aux visages et autres parties du corps très réalistes. Mais d’après Agnès Giard, cela relève plus d’un retour en enfance et d’un refus des conventions que d’une forme de perversion.

La cérémonie du mariage.

Le mariage civil au Japon s’apparente au PACS chez nous. À savoir une simple visite administrative, où la présence des deux partenaires n’est même pas nécessaire. Un document est signé, et le mariage est entériné. Pour palier à cette absence de romantisme, les couples japonais se marient au sanctuaire shintô. Les deux mariés sont habillés en tenue traditionnelle et échange les coupes de saké. Mais le rituel trop rigide encourage de nombreux couples à opter pour un mariage chrétien, bien que très peu pratiquent réellement cette religion.

Solo wedding ou le mariage solitaire.

Certaines jeunes femmes sont ainsi attirées par l’attrait du mariage en lui-même. Notamment pour avoir le plaisir de porter une robe de mariée, de se préparer, et de participer à une cérémonie de style occidental. Mais comment faire quand on a pas de petit ami ? Qu’à cela ne tienne, il existe une agence spécialisée dans ce genre de prestation, qui lui fournit la robe, maquillage et séance de photographie. Elle propose même des figurants pour jouer le rôle du marié, mais la plupart déclinent cette possibilité.

La sexualité et les rencontres chez les jeunes.

Selon une étude publiée en 2016, il apparaît que 36,2 % de la population âgée entre 18 et 34 ans n’aurait jamais eu de relation sexuelle ; chez les hommes entre 20 et 24 ans cette proportion atteindrait les 40,5 %. Ne seraient-ils pas du tout intéressés par la sexualité ? Plusieurs raisons peuvent expliquer cela. Tout d’abord et comme toujours, la priorité donnée aux études et au travail. Alors de nombreux jeunes prétextent qu’ils n’ont pas le temps. D’autre part, les activités sont souvent pratiquées séparément, les femmes d’un côté, les hommes de l’autre. Et les sorties entre amis aussi. C’est assez flagrant dans les restaurants et dans les bars. Alors effectivement, il devient parfois difficile aux deux sexes de se rencontrer.

Toujours est-il que là aussi nombreux sont les entrepreneurs qui se sont engouffrés dans la brêche !

Location de petit ami… à l’heure.

Il existe en effet des stages pour apprendre à aborder l’autre sexe, ainsi que des agences de petit ami en location… à l’heure. Mais attention, dans ce dernier cas, il n’est pas question de sexe, mais seulement de se prendre la main dans la rue et d’aller manger une glace et au karaoké. Histoire de renouer avec la présence même occasionnelle d’un homme dans sa vie, et de savoir ce qu’il faut dire et faire pour en séduire un pour de vrai.

Café-câlin.

Il existe également des cafés-câlins, où l’on paie pour passer une heure en compagnie d’une jeune femme… mais en tout bien tout honneur. Chaque prestation est facturée en plus, comme poser sa tête sur les genoux ou sur le bras de la jeune jeune femme. Si on veut juste qu’elle nous enlace, c’est encore un forfait supplémentaire. Ce qui permet quand même à certains geeks, qu’une fille dans la troisième dimenson, ce n’est pas la même chose que dans les jeux videos.

Les geeks et la sexualité solitaire.

Certains jeunes se réfugient dans un monde totalement virtuel. Ils s’inventent des femmes idéales qui ne mentent pas et ont des seins d’une rondeur infinie. Mais ce n’est pas pour autant qu’ils n’ont pas de sexualité, mais en solitaires, avec des accessoires comme le tenga, un masturbateur pour homme pré-lubrifié vendu au prix de 5 €. Il s’est vendu plus de 2 millions d’exemplaires.

La pornographie.

Ou bien comme de nombreux autres endroits dans le monde, ce sont les videos pornographiques qui font florès. Le Japon est le premier producteur mondial dans ce secteur. Shimi ken, le hardeur le plus connu, a cette phrase magnifique : le sexe, c’est un sport de lutte, mais qui se pratique au lit.

D’autres ont décidé de tout faire pour abandonner leur célibat et trouver l’âme sœur au point d’en faire une véritable quête, c’est ce que l’on appelle le konkatsu, abréviation de kekkonkatsudô à savoir activité liées au mariage.

Les love-hôtels.

C’est le genre d’établissements que l’on ne trouve qu’au Japon. L’entrée est dissimulée derrière un mur et permet d’entrer ou de sortir sans être vu. On paie à l’heure ou pour la nuit. C’est très pratique. On sait exactement ce que l’on vient y faire. Tout est prévu pour cela, de grands lits, ce qui peut être un avantage au pays des futons, des accessoires érotiques dans les tiroirs, une grande salle de bain. Vu la spécificité de ces hôtels, on pourrait penser qu’ils servent à la prostitution. Mais pas du tout. Tout d’abord la prostitution est interdite au Japon. Tous les types de publics sont concernés. Cela permet évidemment aux amants d’un soir, ou d’une heure de se retrouver.

Mais de nombreux jeunes squattent encore chez leur parents jusqu’à l’âge de 30 ans et trouvent là un endroit propice à leurs rencontres. Mais certains couples mariés peuvent très bien les utiliser également. Quand on sait le manque d’intimité que peut représenter les maisons japonaises, avec leurs shojis en papier. Ce n’est pas toujours le cas, mais la présence des enfants ne facilite pas forcément les rapprochements.

Et l’amour dans tout ça ?

Les Japonais sont par nature réservés. Les contacts physiques en public sont rares. Et pour un couple, se tenir par la main est un geste déjà osé. Cela renvoit à cette double face omni-présente. d’un côté, la façade (tatemae), c’est-à-dire ce que l’on montre, parce que cela correspond à ce que l’on attend de vous. D’autre part, les vrais sentiments (Honne). Et cette dualité est également présente Alors dans ce contexte comment reconnaître et exprimer sentiments.

Et pour cela il existe plusieurs manières de dire « je t’aime » en japonais.

La première est 好き すきsuki, je t’aime bien… que l’on peut renforcer en大好き だいすきdaisuki, je t’aime beaucoup. C’est un terme fort qui signifique que l’on aime vraiment la chose dont on parle. Mais le terme peut s’appliquer à d’autres item, comme le sport, un aliment ou un objet. Il n’est pas spécifique aux relations amoureuses.

La troisième est 愛してる aishiteru. C’est la manière la plus forte pour exprimer ses sentiments. C’est vraiment l’amour pour la vie.

Les japonais sont plutôt timides, et n’expriment pas beaucoup leurs sentiments. Même dans un couple formé, ils se disent rarement « aishiteru ». Alors de là à les étaler en public…

Voilà un petit tour d’horizon du mariage, de la sexualité et de l’amour au Japon. Je n’ai évidemment pu tester tous ces services, si ce n’est que j’ai pu constater la présence – nombreuses – des hôtesses dans les quartiers de Akihabara et de Takeshita-dôri à Tokyo. Plusieurs des exemples de cette page sont extraits du documentaire « enquête exclusive » présenté par Bernard de la Villardière et diffusé par M6 disponible sur youtube. Je les en remercie.

Vous avez une anecdote croustillante à raconter ? Laissez un commentaire.

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